John Groarke, directeur de l’USAID/Maroc : « Les jeunes sont la clé de l’avenir du Maroc»
John Groarke est le nouveau directeur de l’USAID au Maroc. Il sera chargé de son nouveau programme d’assistance 2009-2013, dont le budget prévisionnel s’élève à 131,5 millions de dollars. Dans un entretien, le directeur explique son programme qui vise à accroître la participation des citoyens, et surtout des jeunes, à la gouvernance, à promouvoir une éducation et des opportunités plus pertinentes pour les jeunes, et à favoriser les échanges commerciaux et les investissements.
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| John Groarke, directeur de l’USAID/Maroc |
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Est-ce que vous pouvez nous présenter l’USAID, sa mission, ainsi que les régions où elle met en œuvre ses programmes?
John Groarke : L’USAID est une agence fédérale indépendante du gouvernement des Etats-Unis. Elle travaille en étroite collaboration avec le Département d’Etat pour promouvoir le développement économique dans de nombreux pays, et nous promouvons le développement économique pour deux raisons principales.
D’abord, cela concrétise les valeurs des Etats-Unis et du peuple américain consistant à aider les autres et offrir une assistance humanitaire et économique à d’autres pays. Deuxièmement, les Etats-Unis assistent le Maroc dans ces réformes pour qu’il soit un pays stable et prospère et que sa population soit instruite et en bonne santé, c’est pourquoi nous sommes ici.
Alors, quels sont les grands secteurs où se concentre l’USAID, et pouvez-vous nous donner un exemple du type de projet que l’Agence met en œuvre ici ?
John Groarke : Ces dernières années, l’USAID s’est concentrée sur trois grands secteurs à savoir l’éducation, la démocratie et la croissance économique.
Concernant l’éducation, je sais que probablement la plupart des Marocains conviennent que ce secteur reste un grand défi au Maroc. Il y a une population importante de jeunes qui ont besoin d’être formés pour pouvoir trouver un bon emploi, et nous savons, d’après les données, que les établissements scolaires marocains ne dispensent pas toujours de l’enseignement dont les jeunes marocains ont besoin par rapport au marché du travail actuel. Nous savons que beaucoup d’élèves quittent l’enseignement au niveau du collège ; donc nous essayons d’améliorer la qualité des cours et de les rendre plus intéressants, et pas seulement pour que les élèves apprennent mieux, mais aussi pour les encourager à rester au collège. Et l’autre action que nous menons est d’essayer d’aider les jeunes qui ont déjà abandonné l’école. Nous voulons améliorer leur niveau d’instruction et leur donner les compétences nécessaires pour trouver un emploi, parce que, bien sûr, la conséquence de l’abandon scolaire et du manque d’instruction, c’est le chômage, et nous voulons faire en sorte que les jeunes soient bien préparés pour entrer dans la vie active.
Un autre domaine dans lequel nous travaillons est la démocratie et la bonne gouvernance. Nous terminons justement un programme où nous avons collaboré avec le parlement marocain. Nous avons également apporté un appui à la gouvernance locale, et ce, en soutenant l’initiative du gouvernement de déléguer des pouvoirs aux collectivités locales pour rapprocher le gouvernement et ses services de la population. Et nous allons continuer notre action auprès des collectivités locales. Nous apportons aussi notre soutien à un grand nombre d’associations marocaines de plaidoyer, parce que ce sont ces associations qui peuvent plaider les causes des citoyens ordinaires, dont beaucoup, je pense, ont souvent le sentiment qu’ils sont impuissants à initier des changements. Donc, nous voulons continuer à soutenir les efforts de l’administration pour se rapprocher de la population.
Par ailleurs, dans le domaine de la croissance économique, l’USAID œuvre aussi à promouvoir l’intégration du Maroc dans l’économie mondiale. Nous essayons d’améliorer le secteur agricole et son utilisation des ressources en eau en diminution constante. Enfin, nous nous employons à aider les exportateurs marocains à profiter de l’accord de libre-échange que le Maroc a conclu avec les Etats-Unis. Nous sommes donc actifs dans divers domaines.
Je vois que vous travaillez dans plusieurs domaines très importants au Maroc, mais pouvez-vous nous donner un exemple de ce que vous considéreriez comme un projet portant la marque de l’USAID et qui fait sa fierté ?
John Groarke : Ce qui me vient à l’esprit, c’est le travail que nous avons fait pour les élections parlementaires de 2007, notamment avec les observateurs de ces élections, ainsi que pour les élections municipales de 2009, pour soutenir les candidates. Vous savez, je travaille dans la région MENA depuis sept ans et la chose que j’ai remarquée est que le Maroc est très progressiste en ce qui concerne les droits des femmes. On voit beaucoup de femmes parmi les hauts fonctionnaires, et certaines sont ministres. Il y a des femmes au parlement, dans les conseils municipaux, il y a des femmes juges, et j’ai le sentiment que l’USAID a joué un rôle dans la promotion de l’intégration des femmes au système politique.
Nous avons constaté une évolution réelle et notable de la place des femmes dans la société marocaine, mais il y a une catégorie qui est presque déconnectée, c’est les jeunes. Comment voyez-vous le rôle des jeunes, quelles sont vos attentes, et est ce que vous avez un programme qui cible la jeunesse ?
John Groarke : C’est une très bonne question. Je sais qu’environ 50% des Marocains ont moins de 25 ans ; donc, il est évident que la jeunesse est une grande question. Et vous avez raison, beaucoup de jeunes ressentent qu’ils n’ont aucun lien avec les pouvoirs publics, et beaucoup sont sans emploi. Je sais que dans certaines grandes villes, près d’un tiers des jeunes est au chômage. A l’évidence, la formation des jeunes est un problème puisque beaucoup d’entre eux abandonnent l’école au début de l’adolescence. Et c’est pourquoi la nouvelle stratégie de l’USAID et notre nouveau programme qui va juste commencer, visent en particulier la jeunesse. Presque tout ce que nous allons faire, concernant la démocratie, la gouvernance, l’éducation et la croissance économique, visera réellement à aider les jeunes marocains, parce que nous savons qu’ils sont une catégorie essentielle de la population. Ces jeunes sont la clé de l’avenir du Maroc, et c’est maintenant qu’il faut les aider, et pas quand ce sera trop tard, dans dix ou vingt ans.
Vous avez souvent mentionné que l’USAID collabore avec le gouvernement, mais qu’en est-il de la société civile ? J’ai entendu parler du forum de la société civile que vous avez organisé récemment, alors pouvez-vous nous parler de ce forum ainsi que des différentes manières dont vous soutenez la société civile ?
John Groarke : Oui, bien sûr. J’ai déjà évoqué il y a un instant le programme de soutien aux associations de plaidoyer. Nous avons également un nouveau programme, « SANAD », qui vise à renforcer la capacité des organisations à mobiliser leur base, à identifier et cadrer les questions d’intérêt pour leurs membres, à travailler en réseau et en coalition, à communiquer pour convaincre, à engager le dialogue avec les pouvoirs publics et nouer des partenariats, à suivre la mise en œuvre des programmes et à obtenir des résultats concrets et négociés sur des questions d’intérêt collectif et d’intérêt public.
Au forum de la société civile que nous avons organisé en septembre, durant le mois du Ramadan, nous avons pu réunir environ 200 jeunes qui ont participé à une série d’ateliers et de débats sur diverses questions qui concernent la jeunesse marocaine. Nous avons aussi rendu hommage et décerné des prix aux jeunes et des figures de la société civile ayant fait des actions remarquables. Je peux vous dire que je me réjouis beaucoup que l’USAID se prépare à travailler auprès des jeunes pour les aider dans la réalisation de leurs objectifs dans le cadre de ses nouveaux programmes. |